La science qui contribue au bon fonctionnement du Canada par des moyens insoupçonnés du plus grand nombre
Juin 2026
Lorsque Catherine Robin a pris ses fonctions de première femme géodésienne en chef du Canada en décembre 2025, elle savait qu’elle n’acquerrait pas seulement un titre. Elle assumait un nouveau niveau de responsabilité dans le domaine de la géodésie – la science qui étudie les dimensions, la forme, la rotation et la gravité de la Terre.
Concrètement, la géodésie occupe une place quasi invisible, mais combien essentielle dans le quotidien de la population partout au pays en fournissant les valeurs de référence indispensables (latitude, longitude, altitude, gravité et leurs variations dans le temps) dont dépendent les systèmes modernes de cartographie et de navigation.
Catherine debout à côté d'une station du Réseau de base canadien, qui fait partie d’ une série de points géodésiques d’une grande précision situés à différents endroits au pays.
La géodésie permet à votre téléphone de déterminer votre position exacte; elle contribue à garantir que les ponts sont bâtis exactement au bon endroit; et elle fournit les systèmes de synchronisation extrêmement précis dont ont besoin d'innombrables industries et applications modernes (p. ex. réseaux énergétiques, institutions financières, navigation, construction, transport maritime, exploitation minière et véhicules autonomes) pour conserver leur précision à la fraction de seconde près.
Un monde qui fonctionne sans encombre grâce à Ressources naturelles Canada
Levés géodésiques du Canada, qui fait partie de la Direction de l’arpenteur général de Ressources naturelles Canada (RNCan), contribue à la précision et à l’harmonisation de ces systèmes.
La plupart des gens ne pensent pas à la technologie qui, en coulisses, assure la bonne marche de tout ça, mais si le système arrêtait de fonctionner, on s’en apercevrait tout de suite.
« Au fond, c’est une sorte de système de coordonnées universel », explique Catherine Robin. Si on n’utilise pas tous le même, rien ne concorde. »
Un système invisible qui imprègne notre quotidien
La plupart des gens n’ont pas besoin de savoir où se trouvent les choses au millimètre près, mais dans de nombreuses industries, de minuscules variations peuvent avoir beaucoup d’importance.
« Les gens qui utilisent un GPS ou Google Maps sur leurs cellulaires n’ont pas besoin d’une haute précision, affirme Catherine, mais dans des secteurs comme la construction de routes, on doit pouvoir compter sur une précision inférieure au centimètre – un niveau d’exactitude qui peut faire économiser des millions de dollars. »
Par exemple, sur les asphalteuses équipées de récepteurs de pointe, il est possible de régler le système de contrôle du nivellement au millimètre près, un niveau de précision qui, sur plusieurs kilomètres, finit par faire une grande différence.
À plus grande échelle, pour les grands projets nationaux d’infrastructures comme le train à grande vitesse, les nouveaux ports, les barrages et le développement du Nord, il faut des outils géodésiques précis et des infrastructures géodésiques accessibles à l’échelle locale à toutes les étapes du cycle de vie.
Tout ça parce que la Terre n’est pas parfaitement plate, ni parfaitement ronde ou immobile : elle est traversée de montagnes et de vallées; présente un bourrelet à l’équateur; est secouée par des tremblements de terre; et se transforme sous l’effet de la fonte des glaciers. Il faut donc un système de mesure extrêmement précis pour les cartes, les projets de construction, les systèmes mondiaux de localisation et tout ce qui repose sur les caractéristiques changeantes de la Terre.
Plus les besoins de précision augmentent et plus les technologies géodésiques gagnent en efficacité, moins la science qui se cache derrière devient visible. C’est pourquoi l’un des plus grands défis de Catherine est de sensibiliser les gens à l’importance de la géodésie pour le Canada.
L’histoire de la géodésie, comme celle de la Terre, n’est pas statique
Le Canada est depuis longtemps un chef de file mondial des technologies géodésiques, mais certains moyens se sont perdus au fil du temps. Par exemple, le programme national de radioastronomie axé sur l’interférométrie à très grande base – une technique essentielle pour surveiller les satellites et les opérations effectuées dans l’espace – a pris fin en 2006. Le besoin d’informations précises et à jour, lui, n’a cependant pas disparu, si bien que le Canada doit désormais faire appel à des sources étrangères pour calculer les paramètres d’orientation de la Terre essentiels aux opérations satellitaires et spatiales.
Il est d’une importance cruciale de combler ces lacunes pour assurer la résilience et les capacités à long terme du Canada.
« Sans capacités géodésiques de base, le Canada dépend d’autres pays pour les opérations par satellite », fait remarquer Catherine, soulignant que cette situation soulève des préoccupations grandissantes sur les plans de la souveraineté et de la sécurité. « Nous avons besoin d’expertise et de ressources ici même, au pays, pour favoriser la réalisation des priorités nationales. »
L’avancée des technologies, un moteur de changement
En géodésie, la technologie évolue rapidement. Les satellites utilisés par le système mondial de localisation (GPS), qui fournissent des données de géolocalisation et d'horodatage, peuvent être vulnérables aux interférences humaines et aux phénomènes atmosphériques. Orbitant généralement à 20 000 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre, ils se déplacent lentement, et leur signal est faible, ce qui les rend d’autant plus vulnérables aux brouillages et aux interférences causées par des phénomènes comme la météo spatiale. En revanche, les systèmes mondiaux de navigation par satellite perfectionnés peuvent orbiter beaucoup plus près de la Terre, à une altitude allant de 5 000 à 7 000 kilomètres; leurs signaux plus puissants et leur déplacement beaucoup plus rapide dans le ciel les rendent plus résistants aux interférences de signaux.
« Un grand virage est sur le point de s’opérer », annonce Catherine en attirant notre attention sur l’arrivée d’une nouvelle génération de systèmes de localisation par satellites à orbite basse, de systèmes de localisation quantiques et de nouvelles technologies qui ne dépendent pas des données GPS. Preuve de ce virage, RNCan s’est procuré récemment le premier gravimètre quantique au Canada – un instrument de mesure de la gravité qui fait appel à la mécanique quantique pour détecter de minuscules variations dans l’accélération due à la pesanteur.
L’équipe de géodésie de RNCan explore également le recours à l’apprentissage automatique pour améliorer l’analyse de données et pour surveiller le réseau GPS national. « Les données GPS sont constamment altérées par les conditions atmosphériques et par le comportement des satellites; des outils d’intelligence artificielle pourraient nous aider à repérer et à signaler ces problèmes plus efficacement », explique Catherine.
Le premier gravimètre quantique absolu au Canada. Ce nouvel instrument améliore grandement la capacité de l’équipe de mesurer la gravité terrestre.
Une première pour le Canada et une voie à suivre pour les femmes
Être devenue la première femme géodésienne en chef du Canada représente pour Catherine un jalon qu’elle ne prend pas à la légère : « La géodésie et la géomatique sont depuis longtemps des domaines à prédominance masculine, particulièrement sur le terrain, souligne-t-elle. J’espère que ma nomination montrera aux femmes qu’il y a de la place pour elles dans ces disciplines. »
Catherine parle souvent de géodésie aux étudiants et aux professionnels en début de carrière pour les encourager à explorer les multiples débouchés offerts par la géodésie. Son conseil est simple : « Déterminez ce que vous aimez faire et dans quoi vous excellez. Il y aura toujours une place pour vous en géodésie, que vous aimiez le travail de terrain, l’analyse de données, la modélisation ou l’instrumentation. »
Rendre l’invisible visible
La géodésie influe sur nos modes de déplacement, souvent sans qu’on s’en rende compte. Pour Catherine, le travail de géodésienne en chef consiste entre autres à faire prendre aux gens conscience de la science qui soutient discrètement, mais solidement le monde qui nous entoure.
Parce que quand tout s’aligne – quand les systèmes sont précis, fiables et résilients –, on produit non seulement de la bonne science, mais des informations dont les Canadiens ont besoin au quotidien.
Complément d’information :
Travail sur le terrain : La technologie du futur rencontre l’histoire des Vikings (article de La science simplifiée)