Changements climatiques et feux de végétation

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Les feux de végétation constituent des perturbations environnementales importantes qui façonnent les écosystèmes; du pays. En effet, ils modifient l’air, le territoire et les eaux. Les cycles naturels du feu et les intervalles de rebrûlage varient dans le temps et à la grandeur du pays. Les fluctuations climatiques mondiales se traduisent par, des changements dans la fréquence, l’intensité, la sévérité, la saisonnalité et l’étendue des feux de végétation.

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Les tendancesassociées aux conditions météorologiques propices aux feux, au régime des feux et au comportement des feux sont en évolution. À cet effet, des conditions plus chaudes et plus sèches favorisent le déclenchement et la propagation des feux, car les combustibles s’enflamment plus facilement. D’ailleurs, on constate une augmentation des feux de végétation dans des régions qui, par le passé, en ont connu peu, notamment la toundra arctique et subarctique ainsi que certaines parties du Canada atlantique. Des travaux réalisés par des scientifiques du Service canadien des forêts (SCF) montrent que la durée de la saison des feux au Canada s’allonge. En effet, les forêts, les prairies et les tourbières sont confrontées à des feux qui se déclarent plus tôt au printemps et plus tard à l’automne. Les émissions provenant de grands feux de végétation provoquent des conditions météorologiques plus chaudes et plus sèches qui, à leur tour, amplifient la fréquence et l’étendue des feux par une boucle de rétroaction autorenforçante entre le feu et le climat.

Deux facteurs climatiques majeurs exerçant une influence sur l’activité du feu sont la température et l’humidité. De tels facteurs ont également une incidence sur les infestations de ravageurs et les phénomènes météorologiques extrêmes, qui augmentent tous deux la quantité de végétation endommagée ou morte pouvant alimenter la charge de combustible. Les changements climatiques, combinés à d’autres facteurs, comme l’expansion du milieu périurbain, les stratégies historiques de suppression des feux et l’augmentation des coups de foudre, entraînent un plus grand nombre d’allumages, une plus grande superficie brûlée et des répercussions socio-économiques et écologiques plus importantes que les moyennes historiques.

Compte tenu de ces conséquences, les des stratégies globales de gestion des feux complètes et intégrées mettent l’accent sur une approche pansociétale en matière de prévention, d’atténuation, de préparation, d’intervention et de rétablissement.

Changements des conditions météorologiques propices aux feux attribuables au climat

Le Canada se réchauffe à un rythme deux fois plus rapide que la moyenne mondiale en raison de sa position géographique dans l’hémisphère Nord. La hausse des températures et l’augmentation de l’évapotranspiration, combinées à des conditions météorologiques propices aux feux qui gagnent en fréquence et en intensité, font en sorte que les feux de végétation :

  • sont plus nombreux;
  • se propagent plus rapidement;
  • brûlent avec plus d’intensité;
  • durent plus longtemps;
  • touchent de plus grandes superficies et un plus grand nombre de personnes.

La fréquence et l’intensité des feux de végétation sont influencées par de nombreux facteurs, notamment :

  • la stabilité atmosphérique;
  • la température;
  • l’humidité (humidité relative, pluie, manteau neigeux, sécheresse);
  • la source d’allumage (foudre ou d’origine humaine);
  • le vent;
  • la végétation (type de combustible, charge, disponibilité);
  • la topographie;
  • l’affectation des terres;
  • d’autres perturbations forestières (maladies, infestations de ravageurs);
  • les pratiques d’aménagement forestier et de gestion des feux.

Changements dans le régime des feux attribuables au climat

Le régime des feux désigne le patron global des caractéristiques des feux de végétation à travers le temps, typique d’une région ou d’un écosystème. Il s’agit notamment de la fréquence, de l’ampleur, de l’intensité et de la saisonnalité.

L’intensité du feu correspond à la chaleur dégagée par un feu, tandis que la sévérité du feu correspond à l’ampleur des dégâts causés par la combustion.

La saisonnalité désigne la période de l’année où les feux de végétation sont les plus susceptibles de se déclarer dans une région particulière, en raison des conditions météorologiques dominantes et de la disponibilité du combustible.

La saison des feux désigne la période annuelle durant laquelle les feux de végétation exigent une gestion et des efforts concertés de lutte contre les feux.

Les changements climatiques transforment le régime des feux au Canada en raison de :

  • périodes de sécheresse prolongées;
  • l’altération des régimes de précipitations;
  • l’assèchement de la végétation;
  • fluctuations des vents;
  • phénomènes météorologiques extrêmes (p. ex., températures record, faibles précipitations, orages).

Des changements dans le régime des feux peuvent avoir d’importantes répercussions sur les forêts, l’industrie et la population du Canada.

Des analyses révèlent que la durée de la saison des feux au Canada s’est allongée. À titre d’exemple, en 2023, elle s’est étendue de la mi-avril jusqu’à la fin octobre. Au début d’avril, un déficit hydrique important touchait le pays d’un océan à l’autre. La sécheresse prolongée et la fonte précoce des neiges ont coïncidé avec une chaleur record. Le pays tout entier n’a pas pu échapper aux effets de l’activité du feu; en effet, 14,6 millions d’hectares de forêt ont brûlé (selon la Composite nationale des superficies brûlées, 2023), soit quatre fois la moyenne décennale nationale. Selon les projections, d’ici 2100, la saison des feux pourrait s’allonger de plus d’un mois dans certaines régions forestières, notamment au centre et à l’est du Québec et au nord de la Colombie-Britannique. Les changements prévus des températures printanières et automnales auront une forte incidence sur la durée de la saison des feux, en particulier dans les régions connaissant moins de précipitations hivernales et une fonte précoce des neiges.

Émissions provenant de feux de végétation

Les forêts, les prairies et les tourbières du Canada jouent un rôle essentiel dans la séquestration et le stockage d’importantes quantités de carbone atmosphérique. Lorsque ces aires sont touchées par le feu, elles libèrent dans l’atmosphère un mélange complexe de particules, de vapeur et de gaz. Après un feu de végétation, des gaz à effet de serre (GES) continuent d’être émis dans l’atmosphère par le biais des processus de décomposition. À mesure que les feux dans la forêt boréale gagnent en ampleur et en sévérité, les émissions associées augmenteront aussi.

Les types et la quantité de GES émis par les feux de végétation sont estimés en modélisant la combustion de différentes composantes végétales (branches, troncs, racines, litière). Le Rapport d’inventaire annuel du Canada fait état des émissions découlant de l’activité humaine sur les terres aménagées. Les estimations liées aux infestations de ravageurs et aux feux de végétation sont déclarées séparément pour faire la distinction entre les tendances et tenir compte de la variabilité annuelle des émissions d’origine naturelle.

Lorsqu’une forêt se régénère, sa capacité à stocker le carbone est inférieure à celle de peuplements matures. Les absorptions de GES après le feu grâce à une régénération naturelle ne sont déclarées qu’après que le peuplement atteigne la maturité commerciale. Le système de déclaration du carbone forestier du Canada est reconnu à l’échelle internationale et déployé par de nombreux pays pour estimer et comprendre les émissions et absorptions de carbone forestier. Alors que l’ampleur et la sévérité des feux de végétation augmentent régulièrement sous l’effet des changements climatiques, il en est de même pour leur impact sur les émissions de GES à l’échelle mondiale.

Adaptation aux feux de végétation

La prévention et l’atténuation des risques de feu de végétation constituent un élément clé de l’adaptation aux changements climatiques. Il est tout aussi important de réduire les émissions de GES qui contribuent aux changements climatiques. Une gestion forestière proactive peut effectivement réduire l’intensité ou le risque de feu en modifiant le type et la quantité de combustibles présents.

Des outils comme les modèles stratégiques de planification de gestion forestière et les évaluations du risque d’incendie à l’échelle du paysage permettent de définir des stratégies susceptibles d’influer sur le risque d’incendie, notamment :

  • la coupe stratégique de peuplements présentant un plus grand risque d’incendie;
  • la plantation d’espèces feuillus de manière à favoriser des forêts résilientes au feu et à la sécheresse;
  • la prise en compte des quantités de combustible à l’échelle du paysage lors de la planification de traitements à plus court terme, dont le brûlage dirigé, les pratiques de brûlage culturel, les coupe-feux ou l’éclaircie et l’élagage.

Le SCF fait progresser la recherche sur les feux de végétation et les activités visant à accélérer l’adoption de pratiques novatrices de foresterie d’adaptation qui réduisent les émissions de GES provenant de feux de végétation et soutiennent le secteur forestier, conformément à la Stratégie nationale d’adaptation du Canada.


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